Fermer le robinet pendant qu’on se brosse les dents, prendre une douche plutôt qu’un bain, installer un mousseur… Quand on parle de sobriété en eau, ce sont souvent ces gestes qui viennent à l’esprit. Et ils sont utiles : en France, nous consommons en moyenne autour de 145 litres d’eau potable par personne et par jour, soit environ 53 m³ par an.

Mais cette consommation visible n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Car l’eau est aussi utilisée, parfois très loin de chez nous, pour produire notre alimentation, nos vêtements, nos équipements électroniques ou encore l’énergie que nous consommons. La question de notre consommation en eau englobe ce que l’on achète, mange, utilise et renouvelle.

145 litres par jour directement à la maison, mais seulement une partie que l’on boit

L’eau qui arrive au robinet sert finalement assez peu à boire. La répartition moyenne des usages domestiques montre que l’essentiel est consacré à l’hygiène et au nettoyage : environ 39 % pour les bains et douches, 20 % pour les toilettes, 22 % pour le linge et la vaisselle, auxquels s’ajoutent la cuisine, l’arrosage et d’autres usages. L’eau destinée à la boisson ne représente qu’environ 1 %.

Pour un ménage de quatre personnes, cela représente de l’ordre de 212 m³ d’eau potable par an si l’on retient 145 litres par personne et par jour.

D’où l’intérêt des gestes classiques : réduire la durée des douches, éviter de laisser couler l’eau inutilement, réparer les fuites, utiliser les programmes « éco » des appareils, limiter l’arrosage ou encore récupérer l’eau lorsque cela est pertinent. Mais s’arrêter là donnerait une vision incomplète de notre utilisation de l’eau.

L’eau que l’on ne voit pas

Produire un aliment, un vêtement ou un objet nécessite de l’eau. Cette eau peut servir à irriguer une culture, abreuver des animaux, transformer une matière première, fabriquer un produit ou encore nettoyer et traiter les installations.

C’est ce que l’on cherche à mesurer avec la notion d’empreinte eau : l’eau mobilisée pour produire les biens et services que nous consommons. Cette approche permet de mettre en lumière une consommation beaucoup moins visible que celle de notre compteur d’eau.

L’ADEME estime ainsi, avec son outil Nos Gestes Climat, que l’empreinte eau associée à la consommation de biens et services peut atteindre 6 000 à 9 000 litres par jour et par personne selon les modes de vie.

Ces milliers de litres ne sortent évidemment pas de notre robinet : ils correspondent à l’eau mobilisée en amont, dans les chaînes de production.

Une comparaison connue qui interpelle pour un jean (données de l’ADEME) : indique qu’un jean bon marché porté relativement peu de fois peut représenter environ 7 000 litres d’eau, tandis qu’un jean de meilleure qualité, porté plus longtemps, peut ramener cette empreinte à environ 3 500 litres dans les exemples étudiés. La durée de vie du vêtement devient donc un véritable levier de sobriété.

Dans notre assiette aussi

L’alimentation constitue un autre poste majeur de cette consommation invisible.

Pour produire notre nourriture, il faut de l’eau pour les cultures, mais aussi pour l’élevage des animaux et la production de leur alimentation. Quand nous mangeons un produit animal, nous consommons donc indirectement toute l’eau nécessaire à son système de production.

Cela ne signifie pas qu’il faudrait chercher à comptabiliser chaque litre de chaque repas. L’enjeu est plutôt de comprendre où se situent les principaux leviers : manger davantage de produits végétaux, privilégier une alimentation de saison, éviter le gaspillage alimentaire et faire durer les produits que nous achetons sont autant de manières de réduire notre empreinte.

Alors, comme être plus sobre en eau

La sobriété en eau ne consiste pas à se demander uniquement : « Comment faire couler moins d’eau de mon robinet ? »

Elle invite aussi à se demander :

  • Ai-je vraiment besoin de ce nouvel objet ou de ce nouveau vêtement ?
  • Puis-je acheter d’occasion, réparer ou faire durer ce que je possède déjà ?
  • Puis-je réduire la part de viande et diversifier davantage mon alimentation ?
  • Puis-je privilégier des produits de saison et limiter le gaspillage alimentaire ?
  • Puis-je choisir des équipements conçus pour durer et les conserver plus longtemps ?
  • Et bien sûr, à la maison, puis-je réduire les consommations inutiles et éviter les fuites ?

Il ne s’agit pas de culpabiliser chaque achat ou chaque douche. Il s’agit plutôt de déplacer notre regard : notre consommation d’eau ne démarre  pas au compteur.

Face aux sécheresses et aux tensions croissantes sur la ressource, les économies d’eau à la maison restent indispensables. Mais elles ne suffiront pas à elles seules à répondre à l’enjeu.

La sobriété consiste aussi à réduire les besoins en amont, en consommant moins de ressources et en faisant durer davantage ce que nous possédons.

Sources :


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