En ce début de printemps, les étals des producteurs locaux se diversifient avec les radis, les asperges… En attendant l’arrivée des tomates et des fraises de plein champ, faisons sauter à la poêle quelques idées reçues et questionnons nos habitudes alimentaires : quelle quantité de viande dans mon assiette ? Bio, local, circuit court : que choisir ? Cet article présente aussi des initiatives visant la souveraineté alimentaire de nos territoires de l’Isère, et replaçant le vivant et l’humain au cœur des projets de production alimentaire.
1. Le bon sens : manger ce qui pousse chez soi !
A la fin du 19ème siècle, le sel, le café et le sucre constituaient l’essentiel de l’import de nourriture en Isère, et la base de l’alimentation était constituée de soupes de légumes, de pain, de légumineuses, complété par les produits d’animaux domestiqués (lait, viande), de la pêche et la chasse.
Aujourd’hui, si l’on prend l’exemple du Pays Voironnais, la production agricole pourrait couvrir 40% des besoins des habitants, mais elle ne représente que 10% des aliments consommés localement. L’alimentation traverse donc souvent les territoires voire les frontières, au détriment de la fraicheur des produits et du climat.
En un siècle, nous avons donc fait évoluer en profondeur la provenance des aliments, alors que manger local apparaît comme une évidence. Ce paradoxe s’explique par des logiques économiques qui ne tiennent pas compte des multiples intérêts d’une agriculture productrice sur les territoires.
2. Eviter les produits transformés : cuisiner à la maison
L’agro-industrie développée depuis la seconde moitié du 20ème siècle, a amené dans nos assiettes des aliments fabriqués et conditionnés en usine. Ces derniers, dit hyperappétissants, combinent souvent des niveaux de sucre et de graisses qui les rendent irrésistibles, et encouragent ainsi la suralimentation.
Le fait de cuisiner, c’est-à-dire de limiter les produits transformés et de recourir à des produits bruts, recouvre plein d’avantages. Cuisiner permet des économies, d’améliorer la qualité nutritionnelle de notre alimentation, et de limiter l’impact environnemental (moins d’emballage et pas de chaîne du froid à assurer). Au-delà de ces vertus, la cuisine est acte de transmission en famille ou entre amis, et un moment de partage que le réchauffage d’un plat industriel ne remplace pas.
3. Quelle quantité de viande dans mon assiette ?
Les protéines animales présentent un impact carbone plus important que les protéines végétales, et la diminution des quantités de viande consommées, voire la généralisation du régime végétarien, fait ainsi partie des solutions pour limiter le réchauffement climatique. L’alimentation représente en effet 22 % de notre empreinte carbone, derrière le transport (30 %) et le logement (23 %).
L’association RAC (Réseau Action Climat) et la SFN (Société Française de Nutrition), recommandent des quantités hebdomadaires maximales afin de concilier climat et santé : 450 g de viande et 150 g de charcuterie soit maximum 600 g au total, avec la recommandation de privilégier la volaille vis-à-vis des autres viandes.
4. Quel choix entre bio, local, circuit court ?
Les aliments bio répondent à un cadre rigoureux sur les quantités de produits phytosanitaires et présentent donc un avantage indéniable sur le plan sanitaire et les pollutions des sols et des eaux liées aux intrants. Mais il faut aussi considérer que certains producteurs ont des modes de productions minimisant les intrants chimiques, sans pour autant être certifiés bio, d’où l’intérêt de connaître les pratiques de nos agriculteurs.
L’impact carbone dépend davantage du mode de production que du transport. Ainsi le local n’est pas toujours un avantage : par exemple, pour une consommation en Isère, les fraises espagnoles cultivées en plein champ sont moins impactantes que des fraises locales produites sous serre chauffée au gaz. Il faut donc bien s’intéresser au mode de production et à la saisonnalité des produits.
Enfin, la notion de circuit court indique qu’il y a au maximum un intermédiaire entre le champ et le consommateur, permettant ainsi des revenus décents aux producteurs. Au-delà de la vente directe à la ferme ou au marché, il existe des alternatives comme l’entreprise Poiscaille qui organise la livraison partout en France de paniers de poissons en provenance directe de pêcheurs artisanaux : avec un seul intermédiaire, il s’agit bien d’un circuit court.
5. Des exemples d’initiatives locales pour la souveraineté alimentaire
La loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire de 2025 vise à maintenir les installations agricoles en France, car leur nombre diminue depuis plusieurs années. Cependant, le choix de maintenir une production locale relève surtout aujourd’hui des politiques et des initiatives locales. Voici plusieurs exemples Isérois, porté par les collectivités, les acteurs économiques et associations.
Depuis 2020, le Projet Alimentaire inter-Territorial (PAiT) de la grande région grenobloise rassemble plusieurs territoires isérois et vise à développer les circuits de proximité et soutenir l’installation d’agriculteurs. C’est dans le cadre de ce projet que se déroule les défis culinaires « Climat dans nos assiettes » coanimés par l’AGEDEN.
Le Projet Alimentaire Territorial de l’Isère, porté par le Département avec la Chambre d’agriculture, conforte l’offre alimentaire locale via un Pôle agroalimentaire. La marque IS HERE est ainsi la première marque en France à garantir la provenance géographique et une juste rémunération des agriculteurs (2000 produits référencés). Aussi, les cuisines mutualisées des collèges du Département de l’Isère ont recours à plus de 60% de denrées locales ou bio, et visent 100% en 2028.
Enfin, voici quelques autres initiatives locales portés par des collectivités locales, mais également des acteurs économiques et des associations :
- Les magasins de producteurs – L’Isère est doté de plus de 20 magasins de producteurs avec un des premiers de France : La Gamme Paysanne à La Frette créé en 1988 regroupe neuf exploitations associées et une trentaine de producteurs partenaires.
- Le défi culinaire « Le Climat dans nos Assiettes » – Organisé dans le cadre du Mois de la Transition Alimentaire par le Pays Voironnais avec le soutien de l’AGEDEN, ce concours invite les lycéens hôteliers à cuisiner un repas complet à partir de produits locaux et de saison.
- La légumerie AB Épluche à Vourey – Née en 2012, AB Épluche est une légumerie coopérative (SCIC) qui transforme et livre 200 tonnes de légumes locaux aux cantines scolaires, hôpitaux et cuisines collectives du secteur.
Pour conclure, continuons à interroger notre rapport à la terre et aux humain·es qui la cultivent, et organisons nos habitudes de consommation pour tendre vers une nourriture plus saine, plus respectueuse de l’environnement, et souvent plus économique. Les orientations à retenir sont donc :
- des produits locaux et de saison, bio si possible,
- limités en protéines animales (moins de viande et de produits laitiers),
- et avec un maximum de produit brut (non transformé et non emballé).
Pour aller plus loin :
liste des magasins de producteurs en Isère (site de la Chambre d’Agriculture de l’Isère)

