Votre copropriété s’apprête à voter ou réfléchi à une rénovation énergétique d’ampleur incluant l’isolation thermique des façades ? Or, vous avez fait il y a quelques années une isolation par l’intérieur de votre appartement ? Peut-être que des questions du type « à quoi ça sert, mon mur est déjà isolé » ou « est ce que ça ne poserait pas un problème » vous viendront en tête.

Dans la majorité des cas, il est préférable de réaliser une seule épaisseur d’isolation soit par l’intérieur, soit par l’extérieur. Mais il arrive que l’on soit contraint de combiner isolation par l’intérieur et isolation par l’extérieur comme dans le cas cité précédemment.  

Dans cet article, nous allons vous présenter quels pourraient être les avantages de combiner ITI/ITE et les points de vigilances pour éviter d’éventuels problèmes. Nous allons aborder des notions assez techniques, il est vivement recommandé de le lire en entier pour bien comprendre les solutions proposées à la fin.

Cet article a pour but de vous expliquer le fonctionnement de certaines notions et non de vous donner les conclusions de toute situation. Il est dans tous les cas nécessaires de demander l’avis d’un professionnel compétent (maitre d’œuvre, bureau d’étude, votre conseiller de l’AGEDEN, …).

Rappel : résistance thermique, de quoi parle-t-on ?
Pour comprendre ce qui va suivre, petit rappel sur les notions de résistance thermique et transfert de calorie dans les matériaux :

Si nous prenons un mur qui sépare l’intérieur et l’extérieur d’un logement, il est très probable que la température soit différente des 2 côtés. Naturellement, les calories (unité de chaleur) vont avoir tendance à traverser le mur pour « équilibrer » la chaleur entre les 2 côtés.

La résistance thermique d’une couche de matériau correspond à sa capacité à freiner la chaleur qui la traverse. Cette résistance thermique dépend de l’épaisseur du matériau et de sa conductivité thermique, qui lui est propre (par exemple, une laine de bois classique a une conductivité thermique de 0,038 m²K/W ). Un matériau qui a une forte résistance thermique laisse moins passer la chaleur.

Ces résistances thermiques s’additionnent si on superpose les couches de matériaux. Par exemple, nous avons un mur composé de 40cm de pierre (R=0,5 m²K/W ) et d’une isolation de 15 cm de laine de bois (R=4 m²K/W ), alors la résistance thermique du mur sera de R= ~4,5 m²K/W

Maintenant que les bases sont posées, nous pouvons rentrer dans le cœur du sujet.

Le principal enjeu, la gestion de l’humidité dans le mur

Pour commencer, il faut partir du principe qu’il y aura de la vapeur d’eau qui va transiter de l’intérieur du logement vers l’extérieur. Quand elle traverse le mur, elle refroidit  et donc condenser (passage de l’état gazeux à liquide). C’est ce que l’on appelle le point de rosée.

Avec :

Pvs :  la pression de vapeur saturante (quantité maximale théorique de vapeur d’eau avant condensation)

Pvr : la pression de vapeur réelle (quantité réelle de vapeur d’eau)

Point de rosée = risque de condensation

Si on isole ce mur ce mur par l’extérieur, le mur sera dans le volume chauffé il y a peu de risque de condensation. Si le mur est isolé par l’intérieur, le mur sera dans volume froid donc il y aura un choc thermique entre l’isolant et le mur, donc risque important de condensation si aucune mesure n’est prise.

Et lorsqu’on isole par l’intérieur et par l’extérieur en même temps, il y a aussi un risque de condensation et le point de rosée peut se retrouver au contact d’un matériau hygrophobe (qui ne peut pas absorber l’humidité), qui pourrait à terme être détérioré. Par exemple dans un mortier chaux qui lie les pierres qui composent le mur, cela pourrait remettre en cause la condition structurelle du mur, si la quantité d’eau accumulée est trop importante. Autre exemple, un isolant type laine de bois qui verrait sa résistance thermique se détériorer s’il est trop longtemps exposé à cette humidité.

La position du point de rosée peut être simulée si on connait la composition exacte du mur. Vous pouvez consulter un professionnel pour réaliser une simulation hygrothermique.

A noter que ce problème de condensation peut avoir de plus graves conséquences sur le bâti ancien (pisé, pierre) mais cela concerne aussi le bâti récent (parpaing, béton). Donc c’est à prendre en compte pour tout projet.

Quelles peuvent être les solutions pour éviter que le point de rosée se situe à un endroit critique

Chaque projet est à traiter au cas par cas mais il y a quand même des solutions qui reviennent régulièrement :

  • Jouer sur les épaisseurs d’isolation

Si la résistance thermique totale du mur est répartie autrement entre intérieur/extérieur, le point de condensation sera déplacé aussi. La règle du 2/3-1/3 permet de réduire grandement le risque de condensation dans la paroi (une résistance thermique 2x plus élevée côté extérieur qu’intérieur).

Cette règle est beaucoup utilisée pour la construction de bâtiment en ossature bois pour éviter que l’ossature pourrisse à cause de l’humidité.

  • Utiliser un frein à vapeur hygrovariable

Un frein à vapeur hygrovariable est une membrane qui permet une étanchéité à l’air tout en régulant les transferts d’eau. En la plaçant côté intérieur, elle permet de protéger le mur tout en évitant de « l’asphyxier ». Cette membrane a un Sd (résistance à la diffusion de la vapeur d’eau) beaucoup plus élevé qu’un isolant, ce qui limite le passage de l’humidité au travers de la paroi et évite qu’elle condense au contact d’une zone plus froide.

Plus d’infos : hygrométrie et isolation

  • Une bonne ventilation

La meilleure solution pour éviter qu’il y ait de la condensation dans le mur, c’est d’éliminer la vapeur d’eau avant qu’elle rentre dans le mur. Que ce soit une ventilation simple flux autoréglable, hygroréglable, répartie, par insufflation ou double flux, sa fonction primaire est d’évacuer le surplus d’eau présent dans l’air du logement. Donc quand on pense isolation, on pense également ventilation.

Des contraintes mais pour quels bénéfices ?

Nous avons bien parlé des contraintes que cela engendre, mais il y a aussi des bénéfices à combiner ITI et ITE. En voici une liste non-exhaustive :

Plus d’isolant, moins de pertes thermiques

Comme les résistances thermiques s’additionnent, une plus grosse épaisseur d’isolation veut dire que la résistance thermique du mur en sera meilleure. Cela aura un impact direct sur vos consommations de chauffage mais également sur votre confort en été.

Dans notre précédente newsletter, c’est un sujet que nous avions longuement abordé dans l’article « comment garder la tête froide quand il fait chaud ? ».

Une meilleure étanchéité à l’air

L’étanchéité à l’air d’un bâtiment est souvent sous-estimée alors que c’est une composante essentielle dans ses performances thermiques. Faire une isolation par l’intérieur dans les règles de l’art permet de travailler sur tout ce qui est fuites d’air au niveau des passages de réseaux, des prises électriques, téléphonie, internet… De l’autre côté, l’isolation par l’extérieur permet de travailler sur tout ce qui est jonction entre murs, toiture, menuiseries. Le traitement des 2 faces est complémentaire pour permettre une étanchéité à l’air irréprochable.

Un traitement optimal des ponts thermiques

On appelle pont thermique les points de rupture de la couche isolante du bâtiment. L’exemple le plus courant est le pont thermique au niveau des dalles et murs de refends. Une isolation par l’intérieur ne permet pas de recouvrir le pont thermique, contrairement à l’isolation par l’extérieur.

Le schéma ci-dessous illustre parfaitement ce problème. Les flèches rouges modélisent les pertes de chaleurs.

Certains ponts thermiques ne peuvent se traiter que de l’intérieur et d’autres que de l’extérieur. Comme pour l’étanchéité à l’air, le traitement des 2 faces est complémentaire.

Pour conclure sur cet article, la combinaison isolation par l’intérieur et par l’extérieur est dans la plupart des cas possible et intéressante, mais il faut être vigilant sur cette question des transferts de vapeur d’eau. Lors de la conception du projet, il convient donc d’adapter la technique, les matériaux et les épaisseurs d’isolations pour éliminer ce risque.

Votre conseiller AGEDEN, votre bureau d’étude ou votre maitre d’œuvre pourront vous aider dans cette réflexion, n’hésitez pas à les solliciter.

 


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